Formation professionnelle : ce que le CPF change pour vous

La réforme est ambitieuse: nous redonner le contrôle de notre carrière et faciliter l’accès aux dispositifs.

Si la nécessité de se former tout au long de la vie est désormais une évidence, il n’est rien de plus compliqué que le système français de la formation continue. Ce paradoxe qui perdure se manifeste de diverses façons au gré des études. L’enquête 2019 de l’Observatoire des trajectoires professionnelles publiée le 11 juin (1) conclut par exemple que «près de la moitié des actifs estiment ne pas savoir vers qui se tourner pour orienter leur carrière», et moins d’un sur dix sait comment avoir recours aux dispositifs de nancement «en autonomie» (hors plan de développement des compétences, ex-plan de formation des entreprises). Autre point d’alerte : près d’un actif sur quatre semble encore ignorer ce qu’est le compte personnel de formation (CPF), malgré une notoriété en hausse (31% déclarent avoir ouvert leur CPF en ligne en 2018, contre environ 20% l’année précédente). «Ce manque d’appropriation des dispositifs est d’autant plus dommageable que l’appétence pour la formation est en réalité assez élevée parmi les actifs occupés : 70% d’entre eux envisagent de poursuivre une formation pour faire évoluer leur carrière dans les cinq ans à venir», relève Ludovic Taphanel, chercheur et auteur du rapport.

Sur le volet de la formation continue, la loi avenir professionnel du 5 septembre 2018 plaide donc en faveur d’un «système davantage tourné vers l’usager et plus simple d’accès» pour redonner aux actifs le contrôle de leur formation et de leur plan de carrière. Concrètement, elle promet d’abord un accès à la formation simplifié par la conversion en euros du capital initialement en heures du CPF. En clair, jusqu’à présent, vous pouviez bénéficier de crédits horaires de formation, mais sans nécessairement savoir à quoi cela vous donnait droit. Désormais, l’Etat assume de parler argent : vos heures sont transformées en euros, à raison de 15 euros l’heure environ (tauxfixé par décret par l’Etat). La mesure est effective depuis le 1er janvier de cette année, et «à partir de 2020, au titre des droits acquis en 2019, les comptes seront alimentés de 500 euros par an pour toute activité à mi-temps ou plus» (crédit majoré à 800 euros pour les salariés non qualifiés), lit-on sur le site officiel. «Cela permet la portabilité des droits et une meilleure connaissance de la valeur des droits acquis», explique le ministère. Si le coût est supérieur, d’autres aides peuvent s’ajouter et vous avez toujours la possibilité de mettre la main au portefeuille pour compléter.

La monétisation du CPF s’accompagne d’un élargissement du nombre de formations éligibles. Jusqu’à présent, l’éligibilité à une formation dépendait du statut, de la branche professionnelle et du lieu de travail du demandeur. Il suffit désormais qu’elle figure sur «une liste unique et universelle de formations éligibles» définie par France compétences, la nouvelle autorité nationale chargée de la régulation et du financement de la formation professionnelle et de l’apprentissage. Mises à jour régulièrement, les formations préparent toutes à une certification inscrite au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ou au répertoire spécifique (RS). Pratique pour obtenir une qualification reconnue (un diplôme universitaire, un certificat de qualification professionnelle…), en présentiel, à distance, ou les deux. D’autres actions sont également possibles (selon décret), comme la validation des acquis de l’expérience (VAE) et le bilan de compétences.

Pour construire une «société de compétences», l’objectif affiché par la ministre du Travail Muriel Pénicaud, la réforme va au-delà de la seule simplification du CPF, au demeurant «sa clé de voûte». Elle supprime le congé individuel de formation (CIF) au profit du CPF de transition, appelé aussi congé de transition professionnelle (CTP). Si les conditions d’accès sont sensiblement les mêmes (être en CDI, justifier d’au moins deux années d’activité, consécutives ou non, dont une dans la même entreprise, avoir l’accord de son employeur et un projet bienficelé, validé en commission), le CTP doit favoriser la reconversion professionnelle, «appelée à se généraliser dans les années à venir», par un accès facilité aux formations longues. Parallèlement, afin de guider les actifs dans leurs choix de carrière, la réforme prévoit le développement du conseil en évolution professionnelle (CEP). Actuellement assuré par cinq opérateurs comme Pôle emploi et l’Apec, ce dispositif d’accompagnement gratuit et personnalisé (qui porte sur l’évaluation des compétences, la définition du projet professionnel, les différentes formations disponibles, etc.) sera confié en 2020 à des opérateurs régionaux financés et sélectionnés par France compétences.

A ces mesures phares s’ajoutent divers changements et améliorations d’outils existants, comme la création du plan de développement des compétences par l’entreprise (en lieu et place du plan de formation) et le remplacement de la période de professionnalisation par un principe de reconversion ou de promotion par alternance, dite Pro-A, destiné au maintien dans l’emploi des salariés les moins qualifiés (en deçà de la licence). La loi prévoit aussi l’élargissement de l’accès à la formation aux salariés à mi-temps, aux mêmes conditions, avec l’objectif d’en faire bénéficier les femmes, qui représentent 80% des contrats de travail à temps partiel. Enfin, dans le secteur de l’apprentissage, la loi a notamment relevé la limite d’âge de 26 à 29ans révolus et autorise la signature de contrats de six mois minimum (contre un an précédemment) à n’importe quel moment de l’année.

Après l’échec de la réforme de 2014, la loi «pour la liberté de choisir son avenir professionnel» est un véritable défi dans une période de profonde transformation industrielle. Faire comprendre que l’obsolescence rapide des compétences n’est pas une fatalité mais plutôt l’occasion de continuer d’apprendre et de se former tout au long de sa carrière est crucial au regard des bouleversements attendus. En 2017, le Conseil d’orientation pour l’emploi (2) prédisait que «la moitié des emplois existants étaient susceptibles d’évoluer, dans leur contenu, de façon significative à très importante» dans les dix ans à venir, en raison de l’évolution des technologies (développement de l’automatisation, de l’intelligence artificielle, de la robotique…). Or «seuls 17% des actifs voient dans la formation professionnelle une manière de se former à un nouveau métier», constate l’Observatoire des trajectoires professionnelles. Et «80% d’entre eux estiment que les nouvelles technologies ne vont pas affecter leur activité professionnelle», ou alors à la marge, un sentiment totalement déconnecté de la réalité. L’Etat, nécessairement soutenu par l’ensemble des parties prenantes (des entreprises aux organismes de formation sans oublier les régions), réussira-t-il son «big bang de la formation professionnelle», selon les termes de la ministre, au point d’inverser la tendance ?

Pour plus d’informations : https://www.capital.fr/votre-carriere/formation-professionnelle-ce-que-le-cpf-change-pour-vous-1355923